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L’origine du monde, pensées

En service de gynécologie, la Femme occupe une place centrale ; elle est l’objet de toutes les attentions. Cela doit être un endroit accueillant, où les patientes se sentent en sécurité, où elles peuvent se confier, sur leurs inquiétudes, leurs difficultés du quotidien et leurs peurs du futur.

En service de gynécologie, la Femme dévoile sa nudité. Je pense parfois à la facilité qu’on les gens à se déshabiller devant moi juste parce que je me suis présentée à eux en tant que médecin. Une confiance entière, nue, d’une intimité partagée. C’est vrai, imaginez : « Bonjour, je suis opticien, déshabillez-vous svp ? ».

En service d’obstétrique, lors des accouchements en Martinique, les Hommes restent le plus souvent, comme j’imagine que cela se faisait autrefois, en retrait dans la salle d’attente pendant que la Femme préfèrera le soutien de sa mère ou sa sœur. Il est beau de voir l’Homme patienter, de voir monter en lui sa paternité et de le voir pleurer de joie devant son enfant tant attendu.

En service de gynécologie, la pilule est de plus en plus abandonnée au profit du dispositif intra-utérin (stérilet) ou au profit de rien du tout. Beaucoup de patientes évoquent la contraception comme un phénomène contre nature et ont peur des effets secondaires comme les accidents thrombo-emboliques (caillots se formant dans les veines) ou la prise de poids.

En service de gynécologie, il m’est arrivé d’annoncer l’une après l’autre une bonne nouvelle à une femme qui apprend sa grossesse et une mauvaise comme celle d’un cœur que l’on ne voit plus battre. Alors le terme d’empathie, qu’on nous à tant appris sur les bancs de la fac, prend tout son sens (surtout en tant que femme moi-même). Pour celle qui voyait cet enfant comme le Messie, on pleure à l’intérieur, on rassure à l’extérieur. On se dit parfois pourquoi elle, et pas une autre qui en a déjà trois ; mais la nature ne se contrôle pas, c’est elle qui choisit.

En service d’obstétrique, on s’amuse beaucoup des prénoms des enfants très américanisés et parfois d’une originalité à toute épreuve. Les Kayden, Cameron, Gavmerline, et Logan côtoient les Chanel, Kimberley, Christen et Whitney.

En service d’obstétrique, il faut voir les sages-femmes rentrer leurs bras dans l’antre du monde pendant que la Femme exécute ses ultimes efforts de poussées. Le monde s’arrête alors pour cette vie qui commence. L’accouchement est un passage ensanglanté, une épreuve pour toutes les femmes, douloureuse, mais n’est ce pas la plus belle douleur qui soit ? (merci la péridurale quand même, autant utilisée ici qu’en Métropole soit disant passant).

A toutes ces Femmes qui ont donné la vie, toutes celles qui la donneront un jour,

WHO RUN THE WORLD : GIRL !

7 Commentaires

  1. « Péridurale autant utilisé en metropole, qu’ici » Faux malheureusement…
    J’en ai fait les frais pour bébé n°3 alors que je l’ai eu en metropole.
    La sage femme était contre…..les croyances peuvent conduire à ça….
    Et là chef de pôle ne peut rien faire….Ah les syndicats !!!!

    • Bonjour Madame,
      Il n’y a strictement aucune croyance pour la péridurale. Simplement si votre col est an plus de 7cm les anesthésistes disent qu’elle n’aura pas le temps de faire effet… c’est tout.
      En revanche je suis étonnée des papas qui resteraient en salle durant le travail. Dans mon entourage ce n’est absolument pas le cas mais mon entourage ce n’est pas tout le monde 🙂

  2. J’aime votre ferveur et je me retrouve parfois comme il y a 50 ans quand j’étais intrene en obstetrique ….

    • Parfois je livre mes analyses personnelles au lecteur, parfois je me les garde. Concernant les prénoms en tout cas, la société antillaise est très tournée USA de part la proximité géographique, la forte influence des noirs afro-américains en matière de musique ou cinéma et LES séries américaines ne doivent pas y être pour rien non plus dans l’inondation des K et des Y sans les prénoms aux Antilles. MAIS ce n’est que mon analyse… merci pour votre lecture

  3. Diane,
    Votre Blog et les commentaires qui s’y rapportent sont très intéressants et m’apprennent un peu plus sur mon île. Vous avez raison de rester mesuré. Nous sommes susceptibles (héritage du passé). J’ai cependant deux questions : Il y a t-il des habitudes et attitudes médicales particulières ? Est-ce que par exemple, les patients répondent favorablement aux consultations de contrôle (trois, six mois, un an etc.)

    • Concernant les urgences gynécologiques, il n’y a pas de suivi programmé mais nous les tenons informer des résultats dans la mesure du possible. Si il y a lieu de traiter, nous programmons une consultation rapide avec un gynécologue du service. Les patients sont ensuite suivis, le cas suivant est rare et les IST sont traités en général à un stade précoce et donc sans conséquence à long terme. Merci bcp de lire mon blog 🙂

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