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Le chant des Sirènes

Le vent dans le dos, le surfeur, cet être dépendant de l’eau, a pour unique obsession, inlassable, de communier avec la mer, se faire bercer dans ses creux avant de rejoindre la terre.

De Tartane à Basse-Pointe, il n’y a rien qui ne pourrait arrêter une vague se brisant sur le bord du rivage. Le surfeur scrute, le regard au loin, par-delà les océans, les flots qui feront naître, prochainement, la plus belle vague qui fera battre son cœur. Alors il se lèvera, naturellement porté par la force combiné du vent et de la mer, comme un petit enfant qu’on encourage à s’envoler de ses propres ailes. A chaque canard, quand il disparaît au ras de l’écume, les sirènes chantent les louanges des abysses et tel Ulysse, l’appel de la glisse l’interdit de sombrer dans leurs chants.

Un terrible sort est parfois réservé à ces néo-marins. Née dans les eaux froides de Métropolis, la graine semée par Éole sur les côtes bretonnes, ferret-capiennes ou basques, sévit aussi, sur nos côtes martiniquaises. Le chant des sirènes devient chant de phoques, le vent devient tempête maléfique, la mer marée glacée, le sel une arme corrosive. En chœur, ils agressent la muqueuse auditive. Il faut cinq ans pour que les premiers signes se manifestent. Pour faire rempart aux agresseurs et protéger le labyrinthe de l’ouïe, l’os se remet à grandir. Alors, les excroissances osseuses bouchent petit à petit, le canal de l’audition.

L’oreille de l’homme devient « oreille du surfeur », l’Exostose a frappé.

Au début, l’Exostose laisse une sensation désagréable de plénitude, d’eau stagnante qui ne ressort pas entièrement de l’oreille. Le cérumen essaye de protéger aussi l’oreille en sécrétant en abondance et en fabricant des bouchons de cérumen à répétition. Ces bouchons provoquent une baisse de l’audition et doivent être enlevés. S’en suivent les otites externes à répétition. Puis, le marteau et l’enclume signalent l’attaque sournoise par des bourdonnements (au contact, l’os provoque une irritation du tympan). Enfin, stade ultime, le conduit est bouché et une baisse de l’audition peut apparaître.

Alors quand mon ami basque Vincent (surfeur style alerte à Malibu) arrivé récemment, m’a demandé de lui regarder les oreilles un soir, parce qu’il ne comprenait pas pourquoi il restait parfois des heures en sourdine après une session, à se remuer dans tous les sens pour essayer de se déboucher les oreilles ! J’ai alors pris mon courage à deux mains et mon otoscope surtout. Sans grande conviction j’ai introduit mon spéculum (oui oui comme en gynécologie), quand j’ai vu ça :

 

 

(Photo prise sur internet)

Je ne comprenais pas ce que je voyais quand il m’a dit qu’un de ses amis d’enfance avait du se faire opérer de cette maladie. J’ai donc fait mes propres recherches et je lui ai diagnostiqué une exostose bilatérale bien avancée ! Sacré surfeur ce Vincent!

Mais alors comment lutter ? Comme on dit, mieux vaut prévenir que guérir. Il est recommandé de porter un bandeau en néoprène et/ou des bouchons (en pharmacie ou surfshop, possibilité de les faire sur mesure par un audioprothésiste) pendant les sessions mer ; de porter un bonnet dès la sortie de l ‘eau. Le traitement ultime est chirurgical. Les soins post-opératoires sont longs et les cicatrices peuvent parfois provoquer une nouvelle obstruction.

 

Un examen auditif par le médecin est recommandé chaque année chez les surfeurs et apparentés nageurs, plongeurs, kiteurs. Bon vent !

 

 

6 Commentaires

  1. Merci.C’est mon roman. Les plongeurs aussi en souffrent. Le traitement est décevant et s’adresse aux cas ultimes.

  2. Encore un excellent billet.Merci. Retraité, mais toujours interessé par la Médecine, j’aimerais savoir si tu as trouvé dans tes lectures des différences selon les modes d’agression : Plongée simple, en piscine, en mer, surf selon les régions, les mers différentes, etc
    Ne connaissant pas le fonctionnement de ton blog ni si tu es avertie des nouveaux commentaires, je recopie celui que j’ai consacré au ti punch, pour qu’il ne t’échappe pas, et que tu saches que tu as de nombreux soutiens :

    J’avais laissé passer ce ti punch blog que je viens de lire avec beaucoup d’intéret. J’en profite pour te dire que depuis que, depuis que j’ai découvert tes petites chroniques, j’ y reviens régulièrement. Comme Catherine, je suis retraité, et comme elle, « je suis tombé dedans ». Turéunis les générations, et c’est vif, frais, bien écrit. Je n’écris pas souvent, mais voulait te le dire. Même si tu reviens en France, tu trouveras certainement des sujets originaux à commenter, et je pense que nous sommes un certain nombre à souhaiter que tu continue.
    Je connais la Guadeloupe (le ti-punch aussi !), j’ai vu les taches de citron parfois. Facile, la Médecine, là-bas !  » Alors, tu as arrêté de boire ! Et cette tache, là, elle n’est pas sur mes dernières photos !!! »
    Accessoirement, je suis un peu un puriste quant à la langue. Pratiquement 0 fautes en orthographe. Mais sur ordi, j’en fais un peu plus, comme tout le monde. Alors, améliorez Vous, mais soyez un peu indulgents.

    • Il apparaît que La probabilité de développer une exostose des conduit auditif externe viendrait surtout DE la fréquence de pratique des sports aquatiques (en zone froide plutôt) ainsi qu’une prédisposition génétique. Je n’ai pas la notion que se soit plus un sport que d’autre, même si de mon côté cela reste surtout des histoires vécues par des surfeurs…merci pour votre commentaire chaleureux

  3. Salut Diane tu me rappelles mon séjour aux Caraïbes en tant que médecin . Travailler au chu de pointe à pitre et le after Work c est tellement bon . Tu prends des gardes au chu ? Que devient le chikougoûnya ?

    • Coucou. Pour le moment je suis à Fort de France. Et mes gardes se font aux urgences pédiatriques. Pas de chikungunya à l’horizon en ce moment…

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