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La métro et le mille pattes

Il était une fois, sur l’île de Karukéra*, une jeune femme originaire des contrées lointaines de Métropolis. Elle habitait une charmante petite maison dans la prairie version « Le livre de la Jungle ». Elle avait appris à cohabiter, au fil du temps, avec ses voisins les « Rénet » petites grenouilles qui enchantent par leur chant, telles des cigales provençales, les douces nuits de Guadeloupe. Mais encore « Gordo » le crapeau bœuf, plus discret mais non moins imposant, qui ne ratait jamais une occasion de la faire sursauter lors de ses apparitions nocturnes.

Elle s’amusait beaucoup les jours de pluies, en rentrant de l’hôpital ou d’un soir de bal, à valser entre les escargots postés sur les marches des escaliers. Il lui arrivait parfois (soir de fête plutôt), d’en écraser un ; et alors son cœur se crispait, comme si elle s’était rendu coupable d’un petit crime contre le règne des Gastéropodes qu’elle se dépêchait de compenser en sauvant les limaces grises qui venait parfois squatter les murs de sa chambrée ou salle d’eau.

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Face à cette bande de joyeux lurons, le Gang des Insectes rodait. Les fourmis, en première ligne, ne laissaient aucune chance à la moindre denrée traînant dans la cuisine. Les araignées squattaient le plafond et traquaient les moustiques. Les cafards, volants ou non, de taille conséquente (4 cm en moyenne), faisaient irruption dans le salon, et provoquaient alors de petits mouvements de panique mélangés à des cris d’effroi, incontrôlables. Il fallait alors un instant de concentration et maîtrise de soi (bien plus dur que lorsqu’il s’agit de recoudre un visage ensanglanté) pour parvenir à les chasser sans trop de dommages collatéraux (verre cassé ou visage ensanglanté !).

Un soir, par une nuit de pleine lune, un cri raisonna dans toute la maisonnette. Elle ressentit une vive douleur, comme une décharge électrique, sur la lèvre qui pénétra ensuite dans tout le visage ; en quelques secondes la lèvre tripla de volume.

Vite vite, réveillée en sursaut, elle se jeta hors du lit pour tenter de débusquer le coupable.  Après quelques minutes de recherche, rien. Mais elle se doutait au fond de l’identité de l’agresseur: l’ennemi n°1, le chef du Gang…LA Scolopendre.

15218373_10154557685856006_1934407463_nLa piqûre de scolopendre est très douloureuse mais n’est pas mortelle. Une bonne désinfection, un anti-douleur, un pansement sucré, un anti-histaminique pour contrôler la réaction allergique et il suffit d’attendre patiemment que la zone douloureuse s’apaise, en quelques heures généralement. Elle s’en alla dormir dans une autre demeure bien sonnée d’avoir été arraché si violemment à ses doux rêves vanillés.

Ce n’est que quelques jours plus tard qu’elle découvrira le nid de mille-pattes dans la salle d’eau, qu’elle prit plaisir à gazer et écrabouiller. Le calme fut alors de retour dans la maisonnée, et ils vécurent heureux dans la canopée.

*Karukéra : nom ancestral donné à la Guadeloupe par les Arawak (Amérindiens des Antilles peuplant l’île avant sa colonisation)

14 Commentaires

  1. Toujours penser à vérifier les chaussures avant de les enfiler
    Mettre les pieds du lit dans des pots avec du pétrole au fond
    🙂

    • vous n’auriez pas vécu dans la campagne Antillaise ou en Guyane? drôle de proposition, je vais me renseigner!

  2. ancien interne AG j’ai également fait l’expérience douloureuse du baiser nocturne du scolopendre, en plein visage of course. J’ai pour ma part tout de suite retrouvé le coupable dans le pli des draps mais je ne l’ai pas tué. J’en ai eu envie mais au moment de commettre l’irréparable j’ai pensé « à quoi bon » et ca a suffit à apaiser mon désir de vengeance. J’ai eu la moitié du visage paralysé quelques minutes et eu quelques vertiges probablement par réaction vagale, c’est la pire morsure d’insecte, devant le scorpion mais par contre sans doute derrière celle des méduses bleues (dont je ne connais pas le nom exact mais il s’agit de filaments bleus qui provoquent des décharges électriques puis brûlures intenses, ca m’est arrivé au large et j’avais dû rentré à la nage avec des crampes dans tous les muscles et bien sûr des vertiges). Merci pour ton récit 🙂

    • les méduses arriveront bientôt dans un autre article je pense, mais rien que d’écrire dessus pouah. L’autre jour dans la traversée à la nage entre la plage de la Datcha et l’ilet Gosier, il y en avait une centaine, et j’ai commencé à les apercevoir, au milieu de la traversée… l’enfer!

  3. se méfier aussi des penderies, j’ai vu à Mayotte un jeune qui s’était fait piquer en prenant son vêtement dans sa penderie, çà se faufile partout ces bêtes là! j’ai eu la chance de ne pas être piquée, cat j’ai vu de nombreux cas qui ont nécessité une semaine d’hôpital… dur!

  4. Bonjour, j’ai été moi-même victime du « chef de bande » … sur le testicule gauche ! J’étais sur ma terrasse, je sortais de la douche, j’étais torse nu, et j’avais un short. Je pianotais sur mon clavier quand soudain  » ZE DOULEUR !  » sur la boule en question. Comme il y avait mes enfants, il était hors de question de me déshabiller devant eux. J’ai du partir en courant en le laissant accroché le temps de me cacher dans la chambre pour me mettre tout nu ! Une torture ! J’ai appelé les pompiers qui m’ont passé un médecin qui me demandait, textuellement :  » Est-ce qu’elles sont bleues ou gonflées ? « , alors autant je suis très heureux de pouvoir voir encore mon appendice qui rime avec cette vidange que je fais lorsque je pi…, autant me regarder le dessous des « nouilles » pour voir si elles étaient bleues, c’était pas facile… J’ai donc pris un miroir, et là Arrrrrrrgh ! J’ai cru qu’on m’avait greffé un Sharpeï ! Finalement, mon testicule n’avait rien du « schtroumpf de base « , mais plutôt tout du « grand schtroumpf  » et de son bonnet rouge… Bref, bien laver avec du savon, mettre un désinfectant, une pommade à la cortisone, et faire surtout attention que ça ne gonfle pas… Et là j’ai eu du mal, car ce médecin m’a créé une phobie… Ne m’étant jamais contemplé dans un miroir à cet endroit de mon anatomie de ma vie entière, je ne savais si ce que j’avais était dans son format normal ou non. J’ai donc vérifié tous les quarts d’heure, et pendant toute la nuit, en tentant de prendre des repères visuels dans les plis et replis, bref une galère ce truc de m…! Mais je vais bien… Je suis père de 162 scolopendres maintenant ! Rires !

  5. Il faut faire très attention en particulier si on promène des touristes dans les champs de Canne à sucre

  6. Salut, vous écrivez encore un superbe résumé explicite et court. J’apprécie consulter vos posts prenants qui nous apportent constamment d’excellents récits. Amicalement. Un fan de votre site

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