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La mare aux canards

En Guadeloupe, la pluie est un phénomène climatique surprenant, tant par sa rareté que son intensité.

img_3645Comme tous les matins dans mon service de diabétologie, je m’attelle à la tâche ingrate qui incombe à tout interne : les courriers de sorties.
J’avais déjà remarqué que des gouttes d’eau avaient tendance à tomber du plafond à divers endroits du service, notamment dans le bureau des internes, au beau milieu de mon ordinateur et des prises électriques. Il n’est pas rare de se prendre une flaque en s’asseyant sur la chaise où se situe la dite « fuite du bureau » ou d’être éclaboussé pendant la visite (la scène la plus drôle restant celle du chef recevant une goutte sur le cuir chevelu, poursuivant comme si de rien n’était).

Or, ce qui devait arriver arriva ce matin-là : une pluie torrentielle s’abattit au pas de la porte. Je me rends à peine compte de l’électrocution qui me guette que l’un des aides soignants brandit instinctivement une bassine en provenance du cellier, sourire en coin (certainement pas sa première fois). Le cadre du service débarque en même temps pour constater les dégâts et appeler le service technique qui ne tarde pas à arriver (miracle dans l’adversité). Il leur fallut peu de temps pour constater que l’inondation d’une partie du service avait pour responsable la rupture d’une pauvre canalisation non entretenue. Résultat des courses pour la journée : eau et électricité coupées dans le service. Ce n’est plus du plafond que provient alors l’eau mais de mon corps en détresse sous ma blouse.

Notre cher CHU construit en 1986, en décrépitude, me fait penser aux pieds diabétiques que je côtoie quotidiennement. Nous nous battons pour les sauver, nous les pansons chaque jour, nous cumulons les examens, les réunions multidisciplinaires, mais pour beaucoup, l’amputation est la finalité inéluctable.

La canalisation est telle ces plaies, comme une brèche. On raccommode, on rafistole, en surface, mais la gangrène est installée depuis bien trop longtemps.
Dans ce charmant décor, la banalité est de mise, sauter dans les flaques redevient amusant, passer la serpillière un peu moins contraignant. Grenouilles, têtards, poissons, et tortues, nous nageons joyeusement dans la mare aux canards.

6 Commentaires

  1. Travailler dans de telles conditions relève de l’exploit au quotidien. L’Etat doit le,plus rapidement possible débloquer l’argent nécessaire pour construire un nouveau CHU vers la commune des Abymes en direction du Moule

  2. Depuis 2014 j’ai juste l’impression que c’est la forme des bassines qui a changé dans ce service….

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