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Incendie au CHU de Pointe-à-Pitre 2/3 : « Ah bon, le CHU a brûlé ? »

Chers lecteurs, je suis de retour. J’ai pris du temps pour écrire la suite des évènements, m’y suis penchée à plusieurs reprises car je ne voulais pas paraître trop alarmiste, employer les mots justes. En réalité, je voulais que la colère et la frustration s’apaisent.

Avec beaucoup de retard, je vous adresse à tous mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année 2018. Et avant tout la santé, surtout aux Guadeloupéens car, comme vous le savez « Ah ben non, en fait », personne en Métropole ne semble être au courant de la situation sanitaire de notre cher CHU, qui montre de grands signes de vieillesse.

Après l’incendie, qui n’a pas fait de victime (sur place…) mais quand même une intoxication au monoxyde de carbone d’un agent administratif qui s’en est sorti avec séquelles après un séjour en réanimation (thérapie hyperbare indisponible…), le plan blanc a été activé. Tous les services du CHU ont été répartis aux quatre coins de l’île, dans les différentes structures publiques et privées disponibles et réquisitionnées pour l’occasion.

Les urgences, la réanimation ainsi que mon service d’urgences cardiologiques ont été transférés à la clinique privée des Eaux Claires, à Baie-Mahault, seule clinique de Grande-Terre disposant d’un plateau technique pouvant assurer des patients lourds. Enfin pas trop quand même. Toute la cardiologie et la pédiatrie ont été transférées à Basse-Terre (à environ 1h15 du CHU de Pointe-à-Pitre), le pôle Maternité Gynécologie à la polyclinique privée de la ville des Abymes. Les blocs opératoires fonctionnaient essentiellement pour les cas urgents et des réservistes anesthésistes et IADE ont été recrutés pour combler le manque cruel de cette spécialité sur le territoire. Et ce afin d’assurer les blocs urgents. Le personnel public et privé a travaillé main dans la main afin pour assurer la continuité de l’offre de soins dans des conditions défavorables, notamment de par l’immense manque de lits d’aval. Ce qui a entraîné de nombreux transferts en Martinique et des retours à domicile qui n’auraient pas eu lieu en temps normal.

Ce qui m’a le plus marquée, c’est l’arrêt de la coronarographie pendant environ 10 jours. Ça été vraiment une perte de chance pour des patients ayant déclaré un infarctus du myocarde pendant cette période apocalyptique et n’ayant pas pu avoir accès à une coronarographie en urgence… Il a fallu attendre une semaine au moins pour que l’Escrim, le petit hôpital sous tente envoyé par la sécurité civile, trouve sa fonction réelle.

 

 

 

 

 

 

 

Aucun bloc n’a pu être réalisé en son sein, il sert essentiellement à l’accueil des urgences relatives (quand même 70 patients par jour), quelques déchocages ainsi qu’à l’imagerie radiologique de base et l’échographie. Il a été d’une grande aide malgré le manque de matériel et s’en est maintenant allé, après deux mois de service. Il y faisait très chaud la journée, très froid le soir. Et quand la pluie tombait, il est arrivé à des amis internes de rédiger à l’ordinateur, les pieds sur les câbles électriques mouillés…

Pendant mes vacances dans mon Pays Basque natal en décembre, a débuté la réintégration des locaux de façon progressive et avec une once de scepticisme de la part des soignants et des soignés qui ont tout de même été heureux de pouvoir reprendre le travail et accueillir nos chers patients.

Le nettoyage est encore en cours dans les différents étages du CHU mais la tour Nord a retrouvé une activité « normale » composée de la cardiologie, la chirurgie pédiatrique, la neurologie qui ont pu être réintégrées. Le service de biologie est encore très touché par les résidus de fumée et nécessite nettoyage et installation de systèmes d’aération. Les résultats biologiques sont un vrai problème car le service est à son fonctionnement minimal. De ce fait, les délais de technicages sont de plusieurs heures. Le pôle maternité gynécologique va encore rester quelque temps à la polyclinique et des travaux titanesques sont en cours dans le service d’urgence où sol, plafond, peinture sont en train d’être refaits par des dizaines d’ouvriers s’affairant à la tâche, objectif : réouverture dans 3 semaines. Seulement, nous venons d’apprendre que la dalle serait endommagée à certains endroits d’où un très grand ralentissement des travaux. En attendant, les patients lourds chirurgicaux sont toujours accueillis aux Eaux Claires qui garde un déchoc chirurgical. La réanimation a été réintégrée dans les locaux du CHU et est débordée par le trop-plein de patients et le manque de lits d’aval.

Il n’est pas vraiment difficile de se prononcer sur ce qui a été fait, ce qui aurait pu être fait, ce qu’il reste à faire. Mais ça, je vais en parler dans l’article qui vient juste après.

Je sais juste que ceux qui sont restés font « ce que l’on peut avec ce que l’on a », en outre plus grand chose et plus grand monde et surtout plus grand monde en grande forme. Le personnel des urgences est à bout…

De notre côté, nous avons pu être hébergés dans la maison de la cardiologie aux Eaux Claires où nous avons pu continuer à donner des avis cardiologique aux urgences, poursuivre le suivi post-urgences. Cependant, nous n’avons pas pu assurer la consultation post-urgences programmée habituelle. Je voulais surtout exprimer mon admiration sans faille pour le Dr HEDREVILLE Mona, cardiologue du CHU de Pointe-à-Pitre, qui est pour moi un modèle de courage et de ténacité. Une énorme pression lui a été imposée face à la forte demande d’avis cardiologiques aux Eaux Claires. Elle n’a jamais abandonné ses patients, soucieuse que la prise en charge soit tout de même optimale malgré les conditions difficiles.

Elle est pour moi un médecin modèle qui ne regarde jamais sa montre jusqu’à ce que le dernier patient soit vu. Et ce jusqu’à 21h s’il le faut.

La période des fêtes a été gérée au mieux, l’affluence habituelle aux urgences n’a pas eu lieu. J’ose croire que les nombreux messages diffusés sur les ondes insistant sur le fait de ne pas manger trop salé, trop sucré et de ne pas conduire en état d’ivresse en sont pour quelque chose (car nous avons bien rigolé en écrivant celui en créole concernant le sel).

5 Commentaires

  1. t’inquietes pas DIANE tout rentre dans l’ordre ; pa ni problème !
    Tu as du l’entendre aussi , l’hôpital de Marie Galante et celui de Capesterre (Belle-Eau , pas de Marie-Galante ; c’est quand même pas des transatlantiques qui assurent la liaison ) seraient prêts à se substituer au
    CHU ; quelle promotion pour eux !
    Et puis ça fera exotique sur ta plaque ANCIENNE INTERNE DU CHU DE MARIE GALANTE .
    Du moins c’est ce que le Directeur du CHU a évoqué à la TV ; mais d’un autre côté un jour il jurait à la TV qu’il n’y avait pas de transformateur au Pyralène au CHU et … une semaine après … envoyait l’un de ses adjoints le dédouaner de son erreur ,au motif qu’un Directeur d’Hôpital ne pouvait pas connaître entièrement son Hôpital . Il n’en est que le Directeur tout de même !
    C’est là que j’apprécie d’être passé du côté des retraités , dans l’attente que le chlordécone fasse son oeuvre , en priant de ne pas avoir a utiliser trop vite les structures hospitalières de l’île .
    P.S. Je suis rassuré , je viens de lire que les futurs médecins vont faire un service (civil , militaire , sanitaire ???) obligatoire ; ils seront donc mieux fomés pour la médecine en zone de guerre comme la Guadeloupe en ce moment .
    Bon courage à la jeune génération . On a de plus en plus besoin de vous .

  2. Mince, je découvre le 2/3, on est en avril, j’ai tout bien suivi le blog depuis le début, mais je croyais que le QDM avait arrété . Que peut-on faire, retraités à 6,000 km de là ? Rassure-nous, Diane, ce qu’on voit à la télé, …

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