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Grève aux Antilles-Guyane : épisode 2/2

Que tu sois blanc-caramel-jaune-noir-doré (shabine doré), que tu viennes de Martinique, de Franche-Comté ou du fin fond de la Creuse ; en France la santé est un droit pour tous ! Enfin sur le papier, mais où en est la réalité ?

C’est en Guyane que cette question a soulevé un mouvement de colère et de revendication le mois dernier. En effet, pourquoi en Guyane, n’est-il pas possible de se faire soigner comme à Paris ? Du suivi de ce mouvement et du besoin de répondre à mes interrogations, je suis entrée en contact avec un collègue interne, Guyanais d’origine. J’ai eu la chance de discuter avec un interne sensible et préoccupé par l’avenir de sa région. Il m’a donné son point de vue et les constats qu’il a pu faire depuis le début de son internat.

« Le problème de la santé en Guyane est pour moi sans solution. »

Le manque de moyen humain engendre un problème de recrutement : manque de spécialistes, de « vrais spécialistes » formés en Métropole selon le modèle de l’internat. « Des médecins motivés et compétents sont parfois poussés vers la sortie faute de financement pendant que d’autres ont des ponts d’or sous prétexte de l’exclusivité de leur compétence ». Les recommandations de la Haute Autorité de Santé sont souvent peu suivies et le turn-over des médecins sans fin. Il n’y a aucune attractivité incitant les médecins à tenter l’aventure et un manque cruel de logistique (pas de coronarographie thérapeutique, pas de médecine nucléaire, pas de chambre stérile).

L’organisation même de l’hôpital et la politique de l’état ne prennent pas assez en compte les spécificités guyanaises entraînant plusieurs millions d’euros de sous-dotations. Et comment développer la logistique sans argent et sans personnel compétent pour l’exploiter et l’entretenir ? Un autre exemple, les hôpitaux se voient obligés de faire appel à des entreprises Martiniquaises pour assurer leurs travaux, de par le manque d’offre en BTP Guyanais, ceci engendre un surcoût pour l’hôpital, non compensé par l’état. Et pour attirer du personnel, obligation d’effectuer la manœuvre « attraction porte-feuille » ; les professionnels de santé sont donc payés bien au-delà de la moyenne nationale, et cela non plus n’est pas non plus pris en compte dans la dotation annuelle de l’état.

« Les internes Guyanais sont aussi problématiques, car ils ne reviennent pas », probablement pour l’une des raisons, entre autres, évoquées précédemment. Il paraît indispensable d’augmenter le numerus clausus des premières années de médecine en Guyane pour augmenter l’effectif des futurs médecins guyanais qui auront plus de volonté de s’installer dans leur région d’origine. Et pourquoi pas instaurer un régime spécial pour les guyanais avec des contrats CESP renforcés qui assurerait un retour des médecins guyanais en Guyane.

« Les régions isolées telles que Maripasoula et Saint Georges brassent une population dense où les diagnostics d’urgence sont posés systématiquement hors délai. » Ce sont ces populations qui souffrent le plus de la perte de chance engendrée par la disparité de l’offre en santé. Construire un hôpital là-bas ? Mais avec quels médecins ? Et comment gérer une population qui serait très affluente alors, de Guyane ou des pays frontaliers? Les centres délocalisés de prévention et de santé CDPS, qui sont des petites structures de soins censées répondre à une demande de première nécessité souffrent d’un manque cruel d’argent pour survivre. Les locaux se dégradent à cause des conditions extrêmes et peu de médecins jeunes ou moins jeunes, avec leurs familles en back-packing, ne voudraient s’installer là-bas, du moins à long terme.

La télémédecine me paraît l’une des clés pour diminuer la disparité inter-régionale par le développement de la téléconsultation et de la télé-assistance pour les soins les plus urgents, mais dans le CDPS, la télémédecine s’installe fébrilement car son financement a été sous-évalué. Entre deux écrans, deux médecins doivent être présents et formés, là encore ça coince…

En attendant, la criminalité règne sur le territoire le plus meurtrier de France, 42 homicides en 2016. Il-est alors difficilement envisageable de travailler sereinement et de faire vivre sa famille dans ce climat ambiant d’insécurité. La plupart des médecins « expat’» ne prolonge, en général, pas plus de 5 ans leur aventure amazonienne alors qu’à les écouter (témoignages de mes différentes rencontres au fil de mes stages), la Guyane est pour eux la plus belle expérience professionnelle et humaine de toute leur vie. Le peuple, la richesse de la culture et la diversité de ces paysages leurs laissent à tous, un souvenir emprunt de mélancolie.

Espérons désormais qu’avec la bataille gagnée par les Guyanais récemment, où une somme coquette d’argent (dont une grande partie promue à la santé je l’espère) sera mise entre de bonnes mains et dépensée à bon escient, afin que l’on puisse un jour et sans crainte, franchir les portes du CHR de Cayenne dans l’assurance d’être autant voir mieux lotie qu’à l’APHP* !

 

 

*Assistance Publique des Hôpitaux de Paris

(certains propos sont recueillis à partir d’un article de Médiapart)

5 Commentaires

  1. Très bel article Diane . On voit bien ton sens du diagnostic et du traitement . Faut aussi du turn over quand même . Tu vas exercer en guyane ?

    • je compte me rendre en Guyane l’an prochain pour de nouvelles aventures, si possible faire le stage dans les CPDS, les dispensaires dans les zones reculées de la Guyane, à suivre…

  2. Ton compagnon , Medecin , acceptera t il de te suivre ? Qui doit suivre qui ? L idéal dans ces coins reclus de France c est que ça soit un couple de Medecins . Faut inciter à ça . Et puis faut recruter des médecins sur compétence et aussi vocation à . Amitiés

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