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Grève aux Antilles-Guyane : épisode 1/2

C’est avec beaucoup de considération que j’ai suivi la grève des urgentistes du CHU de Fort de France. En étant passée moi-même aux Urgences de Pointe à Pitre, j’ai vécu les conditions de travail parfois désastreuses de par le manque de moyen matériel et humain. A Pointe à Pitre, l’équipe reste malgré tout très soudée. Il y a maintenant quelques temps, de grandes avancées avaient été entreprises pour remettre de l’ordre, ceci grâce à des réaménagements de postes et de nouvelles directives conclues entre personnels et administrations. Finalement, le plus gros problème reste le lieu de travail minuscule et délabré empêchant de respecter certaines normes d’hygiène et imposant à des malades de rester dans des couloirs inadaptés, entassés tels des animaux, parfois des heures durant.

A Fort de France, la grève entamée par le personnel médical puis paramédical est différente. La nouvelle installation dans des locaux flambants neufs du nouveau plateau technique (NPT) a été l’élément déclencheur d’une crise qui ne demandait qu’à être révélée au grand jour.

J’ai alors mené une petite enquête auprès de quelques co-internes pour comprendre les raisons exactes du mécontentement qui les touche de plein fouet autant dans leur moral que leur formation.

Dans les premières semaines du déménagement, la mise en place du nouveau laboratoire et du nouveau circuit de transport des prélèvements biologiques permettaient d’obtenir les résultats pas moins de 8h en moyenne après leur prélèvement. De même pour obtenir une radiographie standard ou un scanner, l’attente est interminable, (pour information, aux urgences pédiatriques il ne nous faut en moyenne qu’une demi heure pour obtenir une radiographie). Quand le patient est enfin appelé, le brancardage est inefficace. En effet, toute demande doit être informatisée via un système tordu et lent. Alors, le brancardage est trop souvent réalisé par l’interne ou autre personnel non brancardier, dans le seul but de faire avancer les dossiers. Un autre soucis est le manque de place dans les services, autant de post-urgences que spécialisés. Les soucis d’embouteillage en amont et le principe de rendement d’un service sont tels que les médecins sont obligés d’harceler bien trop souvent pour débloquer des lits ; ou mieux de caser par exemple un patient destiné au service de chirurgie digestive dans un service d’ORL ou d’ophtalmologie, faute de place dans le dit service.

Résultat : moins de temps pour les autres patients, donc des heures d’attente à n’en plus finir dans la salle d’attente et dans les couloirs des urgences, et des patients qui s’entassent, s’entassent, s’entassent.  Les patients s’énervent, le personnel se sent agressé, la pression morale monte. Tout le monde à la sensation de ne pas pouvoir faire correctement son travail. Finalement, après une période de lutte où l’on se débat, ou plutôt se bat comme on peut dans une joyeuse cacophonie, certains finissent par baisser les bras. Une amie interne, brillante, motivée, venant d’arriver en Martinique comme moi en novembre dernier en est carrément dégoûtée, écœurée de son stage, elle qui n’était alors en arrivant qu’animée par l’envie de bien faire et de progresser. J’imagine la pression qu’elle doit subir et la peur de faire des erreurs en permanence. J’ai déjà pleuré en rentrant des urgences à Pointe à Pitre, notamment un jour où j’avais appelé toute la journée pour trouver une place d’hospitalisation pour une personne âgée de 85 ans ayant contracté une infection pulmonaire et qui « traînait » dans le couloir des urgences depuis presque une journée. J’imagine que c’est pareil pour elle.

Les réquisitions ont limité l’impact réel de la grève des médecins sur le fonctionnement du service. Cependant, après des discussions houleuses, certaines avancées ont été conclues. Le système de transport de la biologie et l’efficacité de leur traitement a été quasi résolu. Un brancardier a été affilié a plein temps aux urgences et détient maintenant un numéro spécial facilitant la démarche de demande de transport. Le nombre d’aide-soignants devrait augmenter prochainement. Espérons que ces petites victoires rendront les journées aux urgences moins longues et plus à même de fournir aux internes de bonnes conditions d’apprentissage… la suite au prochain épisode.

6 Commentaires

  1. 30′ pour une radio de poumon c’est extrêmement court tu sais. Même pour tes beaux yeux difficile de faire mieux surtout avec l’interprétation.

    • c’est bien ce que je dis, aux urgences pédiatriques nous avons nos examens d’imagerie dans l’heure, alors qu’aux urgences adultes c’était plusieurs heures en moyenne… anormal!

    • Une radio avec interprétation… lol. Tu t’es cru en clinique privée toi.
      Par contre un cliché, ça prends 3min a faire, c’est un scandale que ca prenne plus d’une heure.

        • Je me rappelle du temps où en néonatologie, nous faisions nous même les radio avec des appareils sur roulette, par dessus des couvreuses. Nous développions les films dans une petite salle noire…..et les interprétions tant bien que mal, plutôt bien avec le temps et l’apprentissage.

  2. au plaisir de te rencontrer pour t éclairer sur quelques points. A leseur. PH aux urg..

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