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Le fruit défendu des plages

Sur les plages aux Antilles trône un arbre tropical bien connu des îliens : Le ManceNiLLier. Ici d’ailleurs, on l’appelle plutôt ManceLiNier. Un grand et bel arbre qui a élu domicile au bord de l’eau. Mais pourquoi donc cet arbre est marqué d’un repère rouge, comme une alerte, un avertissement?

Au cours de ma première semaine aux urgences pédiatriques de Fort de France, je reçois en début de soirée une sympathique famille, qui porte encore ses vêtements de plage et laisse derrière elle quelques petits grains de sable tel le petit Poucet. Ils viennent consulter aux urgences car les deux enfants de la fratrie, qui ont échappé un faible instant à la surveillance des parents cet après-midi, semblent présenter une douleur abdominale. Celle-ci serait apparue peu de temps après…l’ingestion d’une petite bouchée du fruit du Mancenillier. Un petit fruit vert à l’allure d’une pomme, qui parsème l’ « arbol de la muerte » (arbre de la mort chez les Espagnols). « Elle avait l’air vraiment bon cette petite pomme… c’était sucré… mais maintenant ça pique ! » me répond l’un des deux ti’moun*.

Quand je les examine, la douleur est modérée, les langues des enfants sont enduites d’un dépôt blanc et brûlent. L’un des deux présente un épisode de diarrhée.

On ne va pas se le cacher : je n’ai entendu que peu de choses sur cet arbre et je ne sais pas du tout comment traiter une intoxication au fruit du Mancenillier, encore moins chez les enfants ! Heureusement, j’ai des chefs très disponibles et un classeur de protocoles : ouf, sauvée.

« – Bonjour, Mayday Mayday, je suis interne aux urgences pédiatriques de Fort-de-France, c’est bien le centre anti-poison ? ».

L’arbre du Mancenillier dispose d’armes puissantes : feuille, écorce, sève et fruit peuvent provoquer des brûlures cutanées de haut degré. Ingérés, les fruits peuvent provoquer des réactions toxiques à cause de la Toxalbumine, à type d’ulcérations de l’appareil digestif et au pire des hémorragies digestives. Vomissements, diarrhée, douleur abdominale, sensation de gêne respiratoire haute sont les symptômes classiques de l’intoxication alimentaire. Le centre anti-poison nous a demandé de doser le taux de globules rouges (test rapide Hémoccue) pour écarter le risque de saignement immédiat. Devant l’examen rassurant des enfants, il a été décidé de les laisser rentrer chez eux, sous la surveillance 100% attentive des parents, et de les convoquer en consultation post-urgences à 48h.

Soyons attentifs à cet arbre, il ne faut pas s’installer dessous pour se protéger du soleil, car la moindre pluie peut provoquer des coulées de sève et des brûlures. Il est important d’être vigilant à la moindre indication de danger sur les plages. En Martinique comme en Guadeloupe, tous les Mancenilliers sont marqués et des panneaux explicatifs installés. N’oublions pas d’apprendre aux enfants à ne pas manger n’importe quoi venant de n’importe qui, surtout d’un bel arbre garni au bord d’une plage ! mais bon, ne soyons pas dupes, même les adultes méconnaisseurs s’y font prendre.

Il le faut, car il est impossible de se débarrasser du Mancenillier ; il protège les côtes et fait partie de l’écosystème local.

 

*Ti’moun=enfant

 

7 Commentaires

  1. Très bon poussinette continue s’il te plaît tu nous réjouis…
    À quand un texte sur la soupe de poissons de roche ?

    • j’avoue que parfois je manque plus de « recul orthographique » sur le texte et malgré la relecture et les re-lecteurs je me fais toujours avoir! merci

  2. Merci pour ce récit et…avertissement!
    Car moi, pourtant une ilienne des tropiques, ne connaissait pas ce fruit défendu jusqu’à ce jour. Comme quoi
    Une fidèle lectrice

  3. Le Doute, fils bâtard de l’aïeule Sagesse,
    Crie : – A quoi bon ? – devant l’éternelle largesse,
    Nous fait tout oublier,
    S’offre à nous, morne abri, dans nos marches sans nombre,
    Nous dit : – Es-tu las ? Viens ! – Et l’homme dort à l’ombre
    De ce mancenillier.
    (Victor Hugo, Les contemplations)
    Voir son dessin titré L’ombre de mancenilier

  4. moi j en ai croqué une fois ,incapable de résister à cette merveilleuse odeur ,et ma langue et les muqueuses buccales anesthesiées pour qqs heures….juste avant de passer à table.mais rien de plus ,heureusement

  5. Ti’moun c’est du créole guadeloupéen , on ne l’utilise pas en Martinique .
    Tu pourrais dire » ti manmay » ( à vérifier pour l’orthographe ) que l’on utilise couramment ici .
    Voilà , sinon bel article

    • Bien vu! Je suis encore imprégnée par le créole guadeloupéen. MAIS je tends l’oreille!

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