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Les épines de la mer

Par un beau week-end de garde en gynécologie, je jalousais tranquillement (entre deux patientes « Je saigne » / « J’ai mal au ventre ») mes amis partis à la chasse au harpon dans les beaux fonds marins martiniquais. Leur objectif étant de se dégoter du poisson frais afin d’inaugurer le nouveau barbecue de la colocation.

La pêche au harpon est un art difficile, mélangeant apnée, réactivité et dextérité. Mon colocataire Alex, ayant laissé échapper des proies faciles lors de sa première tentative la semaine précédente, était bien décidé cette fois-ci à ne laisser aucune chance au moindre poisson se risquant à venir narguer la pointe de sa flèche.
J’étais alors en train d’imaginer mon repas d’hôpital de ce soir en comparaison au futur festin dominical des colocataires, quand je reçu un appel à 15h d’Alex sur la route du retour… des urgences adultes de La Meynard :
« – Diane, j’ai attrapé un énorme poisson au large, me dit-il. On m’avait dit de faire attention à celui-là, mais quand j’ai voulu le retirer de la flèche, une épine m’a piqué le petit doigt de la main, à travers le gant. Et là, la DOULEUR, j’avais envie qu’on me coupe le bras… »
« – Mais de quoi tu me parles Alex ? »
« – Du Poisson Lion ! »

Depuis 2012, le poisson Lion ou rascasse volante envahit la mer des Caraïbes, depuis la Floride d’où il serait originaire. Pour la petite anecdote, certains pensent qu’il se serait échappé d’un aquarium endommagé à la suite de l’ouragan Matthew et plouf dans la grande bleue. Prédateur carnivore des petits poissons et bébés crustacés, il se multiplie très rapidement et ses éventuels prédateurs à lui semblent frileux de s’attaquer à cet inconnu à l’allure si menaçante (apparemment, le requin aurait quand même tenté le coup).
Son seul vrai prédateur reste l’Homme. Le poisson Lion est simple à capturer car peu mobile et peu craintif, et il est surtout délicieux ! Il est vivement conseillé de le chasser pour limiter sa propagation et les dégâts qu’il laisse derrière lui.

Mais alors mon coloc, que lui est-il arrivé? Les épines sur les nageoires du poisson Lion contiennent un venin qui provoque une réaction toxique plus ou moins intense en fonction de la zone de contact et la profondeur de la piqûre. Il provoque de violentes douleurs sur la zone piquée et environnante et l’apparition d’un œdème pouvant persister quelques jours. Mais plus grave, le venin peut provoquer jusqu’à un réaction vagale intense dont le signe principal à rechercher est la baisse tensionnelle jusqu’au malaise. Et maintenant, imaginez la scène du petit malaise vagal dans l’eau à 100 m au large…
La première chose à faire en cas de piqûre est donc de sortir de l’eau au plus vite (ou adapter la méthode du : « Tu sors ou J’Te sors »). Il faut ensuite appliquer au plus vite une source très chaude (par exemple, une flamme de briquet) sur la zone piquée car le venin du poisson Lion est thermolabile, son action et diffusion diminuera sous l’effet de la chaleur.

N’hésitez pas à vous rendre aux urgences pour vous faire prescrire des anti-douleurs et vérifiez votre tension artérielle, surtout chez les personnes cardiaques. En général, la douleur pouvant nécessiter jusqu’à la prise de morphine s’estompe et devient tolérable au bout des quelques heures où vous serez surveillé aux urgences.

« Je suis resté 4 h avec l’aide-soignante trop mignonne qui me changeait mon seau d’eau chaude chaque demi-heure », poursuivra mon coloc.
Finalement, il restera quand même quelques jours la main endolorie et gonflée mais aura dégusté son poisson Lion avec le plus grand plaisir du sentiment de la revanche avalée, la chaîne alimentaire et la loi du plus fort n’ayant pas fait exception cette fois-là.

ll vaut mieux prévenir que guérir. A tous nos plongeurs et néo-chasseurs : le poisson Lion est le seul poisson que l’on peut chasser en plongée, en bouteille. Prenez garde au poisson Lion que vous croiserez certainement lors de vos parties de pêche. Utilisez plutôt une fouëne qui immobilisera mieux le poisson et vous permettra de couper les épines sans danger. Manipulez-le avec des gants et la plus grande précaution car vivant ou mort, ses nageoires restent venimeuses encore quelques heures ! (des vidéos existent sur Internet pour apprendre à retirer les épines).
À tous les néo-cuisiniers de poisson Lion, une fois les nageoires coupées au ciseau, le poisson Lion devient un met succulent déclinable cru ou cuit, pour le plaisir de tous !

Alors à la chasse !

 

10 Commentaires

  1. Coucou Diane !
    Alors comme ça tu me fais de la pub ?
    Oui, c’est moi, le poilion. Moi aussi j’ai ma page FB : http://www.facebook.com/mangezdupoissonlion.

    En conclusion de ton billet, je dirais qu’à ma connaissance de poilion, je ne connais que 2 sortes de chasseurs de poissons-lions (avec un trait d’union, soit dit en passant : https://www.facebook.com/notes/poisson-lion/un-peu-de-vocabulaire/436706396452758) Ceux qui se sont déjà fait piquer. Et ceux qui se feront piquer. Apparemment, ton coloc fait partie des « SURVIVORS ».

    Bonne visite sur ma page.

    Polo le Poilion

  2. Ok pô mal, c’est bien de parler de ce problème.
    Juste quelques précisions, l’invasion a commencé en Floride mais le poisson est originaire (naturellement) de l’océan indien et indo pacifique. Les premiers spécimens sont plutôt originaires de relâchés sauvages de la part d’aquariophile et non le cyclone (idée répandue mais fausse). L’invasion a commencé dans les années 80 et c’est en 2010 (octobre il me semble) que les premiers spécimens ont été aperçu en Guadeloupe. Pour autant beaucoup d’île des Antilles étaient déjà envahies. Peu de prédateurs s’en nourrissent (aucun ne le menace réellement) à part le Mérou de Nassau (Epinephelus striatus) et lui même, du cannibalisme a été observé. La femelle pond 20 000 œufs en moyenne tous les 3 jours!!! Et chaque poisson lion peut manger jusqu’à 10% de son poids par nuit… Véritable catastrophe écologique. heureusement il est super facile à pêcher ! et faut en profiter !!
    A pli taw

    • Merci bcp de toutes ces précisions. C’est vraiment super de votre part. Je reviens de l’îlet Gosier à la nage. Pas encore aperçu de spécimen dans le coin. Ouf

  3. Votre poisson est un Pterois de la famille des Scorpaenidae, probablement Pterois Volitans ou Pterois Miles. Quant à la réaction à la piqure, il ne s’agit pas d’une réaction allergique mais d’une réaction toxique provoquée par le venin lui-même. S’il vous plait, ne mettez pas l’allergie à toutes les sauces! Laissez les malades employer ce mot à tort et à travers mais pas vous, médecin!

  4. DCD super l’information du venin du poisson-lion thermo-
    labile! Quels sont les autres
    venins thermolabiles ?Cela
    peut-être utile pour d’autres
    victimes de piqûres venimeuses .Merci

  5. Merci Diane pour ton blog chargé de délicatesse et d’humour (jusqu’au merci maman !).
    Ça change du sinistre Sachs.
    Continue, tu es excellente.. (et laisse tomber Alex il a les doigts pourris)

  6. Bonsoir,
    Aux dernières nouvelles il fallait être repris sur une liste préfectorale pour pouvoir chasser le poisson lion en scaphandre de plongée, histoire de bien pouvoir faire le distinguo entre les vrais chasseurs du pterois et les vilains braconniers trop heureux de l’aubaine…
    Au plaisir de vous lire sur cette île que j’aime tant.
    Frederic

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