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La caverne de Man SUGAR

Lors de mon arrivée au CHU de Pointe à Pitre, j’imaginais que les repas à l’hôpital seraient à tendance Antillaise. Déjà l’odeur du colombo de poulet de cantine (tel celui de mon enfance à l’école des Abymes) ou des court-bouillons de poisson du vendredi me montait au nez.

La réalité fut toute autre quand la vue des traditionnels haricots verts mouillés et sauce à la viande de gras s’est imposée à moi. Heureusement, les cuisiniers de l’hôpital rayonnent par leur bonne humeur et réussissent à rendre nos heures de cantine agréables. Depuis quelques années maintenant, par souci budgétaire, le traiteur d’alimentation « locale » a été remplacé par une entreprise moins coûteuse aux plats « standards ». La réputation des repas à l’hôpital n’est plus à refaire, ici comme ailleurs.

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Imaginons de leur côté, nos pauvres patients, étant en plus, astreints au régime diabétique ou sans sel 24/24h… suicide culinaire assuré!

En ce beau matin d’octobre, j’arrive lors de la visite dans la chambre de Madame SUGAR. Sésame ouvre toi ! tels les jardins d’Orient, une accumulation de fruits bien sucrés : bananes, pommes, raisins, oranges , gâteaux, pains en tout genre, et plats préparés aux petits soins par les nombreux membres de sa famille. Madame SUGAR, patiente diabétique déséquilibrée, ne semble pas avoir intégré l’enjeu de son hospitalisation… et de son régime.

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Après un an aux Antilles, je tente une approche créole :
« Man Sugar, ou sav ké lopital, nou pa ka lésé zot manjé tout’bitin ki pa bon a dan réjim a dyabét? »
(j’avoue je me suis faite aider, merci Brigitte)
Traduction interne =
« Madame SUGAR, vous savez qu’à l’hôpital, on peut pas vous laisser manger n’importe quelles cochonneries pleines de gros sucres rapides et de graisses bien saturées qui vont vous faire monter à 3g de sucre ! Et par conséquent, nous faire perdre notre temps, à vous et à nous, à essayer d’équilibrer vos glycémies*, pendant des jours et des jours, alors qu’en fait on s’aperçoit que la seule cause de votre déséquilibre : c’est votre régime ! »

« Doudou, an sav tou sa! ou sav que fanmi an mwen péké vé mwen pren penn é mô fen an séwvis la« , me répond-t-elle. (Doudou, je sais tout ça! ma famille ne peut pas me laisser déprimer et mourir de faim dans le service)

C’est peine perdue, je n’ai aucun impact sur la traditionnelle générosité antillaise… et notre diététicienne non plus. La scène est limite attendrissante (je partagerais bien un bon avocat-vinaigrette avec elle). Bref ! Je décide de déployer ma dernière carte : interpeller sa famille. Et ça tombe bien, 1 h plus tard, je fais la connaissance de Sœur SUGAR ainsi que son panier garni !

« Sœur SUGAR, c’est bien gentil de votre part, mais comment voulez-vous aider votre sœur diabétique à faire baisser son taux de sucre, en lui apportant une nourriture si sucrée ?« , grognais-je.

Sœur SUGAR, étonnée, me répond innocemment : « Mais Docteur, je n’amène que des bonnes choses, des fruits bien mûrs, des biscuits secs ; sé pa an gwo kanet Coca ou ben on gwo bokit* plein d’huile… Docteur, je suis diabétique moi aussi vous savez !« 

La fin de l’histoire se soldera par le pillage de la caverne de Man SUGAR, mais ne précisera pas si les 40  voleurs étaient présents.

Quant à notre chère diététicienne, elle aura eut la joie de recevoir deux sucres pour le prix d’un lors de la consultation torréfiée de ce jour.

Glycémie* :  taux de sucre dans le sang
Bokit* : sandwich typique de Guadeloupe fait avec un pain plat, rond et cuit dans la friture

6 Commentaires

  1. Bonjour, encore un joli texte clair et bref. J’adore parcourir vos résumés captivants qui sont toujours de bons exposés. Amicalement. Un fan de votre site

  2. félicitations pour ce travail clair et précis. La mal bouffe est sans doute à l’origine de nombreux cancers. Un autre sujet de réflexion: le danger du tabac surtout chez la Femme je suis frappé du nombre de gamines de 15/17 ans qui fument savent elles qu’à 60 ans elles seront mortes ou sous chimio…à méditer

  3. Un plongeon tout droit dans la réalité locale.Dur dur la vie d’un diabétique ici, mais surtout de leurs médecins !!D’où l’intérêt de l’éducation thérapeutique .

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