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Asticotage aux urgences

Il est difficile de se représenter ce qu’est la putréfaction d’un être enseveli dans sa tombe. L’avantage d’une journée comme celle que je m’apprête à raconter est de pouvoir concrètement s’apercevoir que la putréfaction ne concerne pas seulement les morts…

Comme d’habitude dans la filière ‘petits blessés’ des urgences de Pointe à Pitre, j’accueille ce matin un homme diabétique qui vient pour une plaie du pied qui ne cicatrise pas. Le patient est un peu confus lors de mon interrogatoire, au lieu de perdre mon temps à essayer de décrypter son discours, je décide de déballer le pansement.

Des plaies, on en voit des dizaines, inconsciemment on s’imagine en une fraction de seconde le temps du déballage quel pourrait-être son aspect, son odeur, sa profondeur, le pus. Au fond, on se prépare à un truc bien dégoûtant ; l’estomac doit tenir en toute circonstance.
Quel fut mon effroi lorsque j’aperçue des asticots sautiller dans le pied de mon pauvre patient ! Le haut-le-cœur fut inévitable ; je choisis alors la fuite.
– Que se passe-t-il ? me demande mon co-interne en voyant mon teint blanchâtre.
– Cette fois, je peux pas. (Y retourner devient alors au dessus de mes forces.)
L’interne de chirurgie orthopédique arrive rapidement, tant mieux. Elle paraît plutôt amusée. Elle étouffe les petites bestioles dans de la bétadine. Je la supplie du regard : emporte-les loin de moi, c’est ce qu’elle fait.

Il me reste 10 heures de travail, je dois sortir cette image de ma tête. Suture, plâtre, suture, plâtre, la journée avance, j’essaye de ne pas m’asticoter avec cette histoire de vers.
18h, énième patient, le coup de grâce. Cancer de la parotide chez un homme âgé. Motif d’entrée : ASTICOTS derrière l’oreille ! C’est une blague ?

Je ne pense pas être une personne sensible, nos études augmentent le seuil de tolérance du dégoût, mais là c’est au dessus de mes forces. J’appelle direct l’interne d’ORL, un peu de dégoût dans son regard, je me sens moins seule. J’apprendrais dans la soirée qu’il passera une heure à enlever un par un les mini-asticots et qu’il les gardera pour une partie de pêche au gros sur Basse-Terre 😉

La journée n’est pas terminé, les questions afflues dans ma tête : comment se sont-ils retrouvés là ? Comment peut-on laisser des dizaines de vers envahir sa chair sans s’en apercevoir ? Et enfin et surtout : pourquoi moi ?

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4 Commentaires

  1. Je suis aussi passée en Guadeloupe,à la fin de mes études et je ne comprenais pas pourquoi il arrivait que des patients perdaient leurs orteils après un traumatisme direct et sans trop avoir mal, « diabétique probable et sûrement médicalisé », était mon raisonnement. Peu d’année après je suis partie en Inde et là j’ai appris à soigner et dépister les lépreux, et j’ai compris qu’il y a des maladies dont le diagnostic nous échappe.Maintenant je sais que ces asticots que l’on retiraient à la pince faisaient un travail de néttoyage de tous les tissus nécrosés, donc un soin indispensable, et le patient ayant perdu toutes sensibilité ne ressent pas de douleur, hormis morale, et le mieux serait de le motiver à marcher avec des souliers pour éviter qu’il se blesse .Et sur le plan médicale que l’on trouve tout de même un traitement contre cette maladie bacillaire contagieuse .

    • merci pour votre beau commentaire, l’asticothérapie ne serait pas ma spécialité mais vu sous cette angle c’est intéressant

  2. Je me souviens bien de ce cas bien dégueulasse..! Par contre je ne pratique pas la pêche, mais c’est bien vu!

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