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Les 10 plaies des Iles

Cher lecteur, aujourd’hui est un grand jour pour moi. Le vent se lève sur les plaines, le soleil fait place à la grisaille et moi, pour la première fois depuis le début de mes études médicales (8 ans en somme), je foule le sol d’un cabinet médical. Au bout de 8 ans…il y a comme un petit problème dans le sablier.

Je suis chanceuse ; la secrétaire et le médecin sont aux petits soins. Un médecin de famille, un vrai, à l’ancienne, cela existe encore ! Un médecin qui prend le temps avec ses patients, tout en gérant son flux. Il aime rire et prendre soins de sa fidèle patientèle. Il faut dire que la retraite n’est plus très loin, pas de dépression mais plutôt des basses pressions entourent l’environnement de cabinet (faible risque de burn-out dans les mois à venir.)

Or depuis deux semaines, nous consultons chaque jour, au moins 3 patients embrumés ou plutôt enrhumés : yeux qui piquent, qui grattent, nez qui coule, éternuements, sinusite, toux sèche voir aggravation d’un asthme. Des nuages viennent teinter notre beau ciel bleu. C’est un vent sournois, invisible, formé de micro particules du Sahara et d’autres déserts africains qui s’est invité dans l’air. Il est bien décidé à nous polluer et de nous le faire sentir. La brume des sables a le vent en poupe!

Une procédure d’Alerte a même été activée aux alentours du 23 mai pour quelques jours (l’ARS a alerté par mail mon médecin), car des niveaux de pollution record ont été enregistrés ; atteignant même le niveau maximum de 10/10 = air très mauvais. Il nous a été conseillé de réduire nos déplacements en voiture, de privilégier le covoiturage, et de limiter nos activités sportives. Un message de prévention, bien peu alertant non ?

Comme l’explique Madininair, qui mesure la qualité de l’air martiniquais, la concentration de particules fines dans l’air antillais trouve sa source… au Sahara. Le mécanisme est le suivant : des dépressions thermiques au-dessus du désert africain sont à l’origine de vents turbulents qui mettent en suspension ces particules ; pendant l’été, la convergence de masses d’air chaud de l’hémisphère Nord et de l’hémisphère Sud entraîne les particules à haute altitude ; les alizés font le reste en véhiculant les particules jusqu’aux Caraïbes. L’air contient alors plus de minéraux d’argile, de quartz, mais encore du fer, titane, oxyde. Toutes ces particules minérales suspendues pénètrent dans les voies respiratoires et s’y déposent tel un grain de sable déplacé doucement par une brise de bord de mer. Sauf que chez nous, les hommes, le tableau est moins poétique.

L’irritation des tissus et la réaction allergique associée, est un parfait cocktail pour déclencher des symptômes aiguës cités précédemment. Mais que savons-nous réellement de l’impact à long terme de ces micro-particules inhalées ? Pourraient-elles être responsables de lésions pulmonaires comparables à celles provoquées par l’amiante ou la silice ? (micro-particules minérales elles aussi). Par exemple, la fibrose pulmonaire (provenant d’une cicatrisation moins élastique que le tissu pulmonaire original), pourrait-elle être une des conséquences ?

J’aimerais croire que seule une exposition répétée pourrait provoquer ce genre de dégâts, mais comment mesurer les conséquences de ces petits effets néfastes ?

En attendant, protégeons nos poumons !
C’est la première fois cette année que le phénomène de la brume des sables aura duré aussi longtemps et nous avons bien enregistré au cabinet, une augmentation des phénomènes allergiques pendant cette période.

Les moustiques et les mouches d’Egypte sont maintenant remplacés par les micro-particules. Les 10 plaies des Iles, le remake !

 

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